jeudi 18 octobre 2007

La romance du vin

Un texte d'une amie sur l'alcool m'a fait sourire cet après-midi et m'a rappellé une éloge de l'alcool comme il ne s'en est jamais fait avant, comme il n'y en a pas d'autre en ce moment et comme il n'y ne s'en fera jamais plus. Un texte DU poète, dont la beauté du visage m'a accroché et dont la beauté des mots à bercé mon âme à l'adolescence. Deux âmes meurtries qui dansaient ensemble. J'avais l'impression qu'il me connaissait et qu'il avait écrit ses poèmes pour que moi je les lisent plus tard. Il tient dans mon coeur la place d'un premier amour.

Tout se mêle en un vif éclat de gâité verte.
Ô le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguères à mon coeur,
Modulent leur préludes à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai! le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai! Vive le vin et l'Art!...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l'objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage!

Femmes! je bois à vous qui riez du chemin
Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux front moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussz ma main!

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un hymne s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!

Je suis gai! je suis gai! Vive le soir de mai!
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre!...
Serait-ce que ej suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!

Émile Nelligan

3 commentaires:

Dame Automne a dit…

Je n'ai pas de mots pour exprimer ce que ce poême m'a fait resentir. Merci d'avoir partager...

aigle blanche a dit…

Ah, LE poète... Cet âme si belle qu'il ne nous a pas été permis de rencontrer de son vivant. Moi aussi, il a bercé longtemps, et encore aujourd'hui, sous les vagues de son vaisseau d'or, avec ses belles paroles et ses beaux vers rythmés... Ah, Émile... C'est comme retrouver un vieux pote, un ami d'enfance, jamais oublié... Toujours avec nous. Merci de partager. Je n'ai pas avec moi, ici dans l'autre moitié du monde, mes livres. Ces belles paroles me manquent parfois...

Rhiannon_Lunambre a dit…

Je me mets en liesse et file, pour te dire et ajouter moi aussi que... Émile bien il a toujours eu beaucoup de place dans mon coeur, mon esprit... ces vers, son histoire... ma mère, m'a souvent bercée de ses vers... :) Tu touches l'enfant que j'ai été et la fille-fleur que j'ai été et la femme que je suis. Merci.